Fin 2002, un coup de téléphone venu du Negev nous annonce la naissance de Yaël. Mazel tov ! Et le papa de conclure ainsi : « Nous allons lui essayer son masque à gaz ! ». Un bébé de huit jours sous un masque à gaz !... La guerre d’Irak était imminente.
Quelques jours plus tard, dans Actualité Juive (NDR une revue juive) paraît un grand encart : « Appel aux volontaires pour préparer des kits de masques à gaz ». On craint le pire. Sans mot dire, Freddy et moi échangeons un regard. C’est décidé, nous partons. Mais est-ce pour nous ?... Nous ne sommes pas juifs.
Oui, dit Sarel (NDR Association pour les volontaires à Tsahal) qui hâte les démarches et nous sommes adjoints à une communauté juive de banlieue parisienne conduite par notre dévoué Moshé.
On hait la guerre – nous en sommes des enfants. Mais nous avons du respect pour une Armée de survie. « Plus jamais ça ! » fut-il dit comme point final à la Shoa. On n’a pas le choix !
Pour nous, c’est un honneur et un accomplissement de nous retrouver dans les rangs des « mitnadvîm » (volontaires) au sein de cette armée décriée par les nations et tant d’ennemis ignorants ou manipulés, mais dont nous découvrons l’éthique, de l’intérieur.
« Les paroles d’en vont, les écrits restent » et les actes sont toujours plus éloquents. Pour nous, les écrits motivants sont ceux du prophète inspiré d’autrefois : « Consolez, consolez mon peuple ! ». A nous donc de nous ranger à ses côtés, pour servir humblement et bien reconnaissants.
Le volontariat, quelle belle expérience ! Vous voulez savoir ce que nous avons vécu à sept reprises ? Le volontariat, c’est :
Tout d’abord une base militaire de logistique perdue dans la nature, sous les eucalyptus vénérables de la région côtière, dans les sables du désert du grand Sud ou encore les forêts de Haute Galilée, ou cette année, dans la base médicale d’Israël.
C’est une équipe de 20 à 30 misnadvîm motivés et une sergente d’accueil rayonnante qui vous mène avec affection et le sérieux d’une belle jeunesse. Cette année, notre équipe internationale (10 pays) a mobilisé trois « madrikhîm » (NDR un madrikh est celui qui est responsable) parlant anglais, espagnol et français.
C’est du travail au choix : cuisine, salle à manger, peinture de locaux, rangement de hangars, entretien de véhicules, jardinage, conditionnement de produits, pharmaceutiques et médicaux. Horaires précis, travail bien mené et exécuté vaillamment. Satisfaction de remplacer des hommes chargés de famille ou de responsabilités particulières.
C’est maintenant l’instant solennel de la « levée des couleurs », avec la troupe, pour commencer la journée. Emotion mémorable quand on est choisi, avec un enfant du Pays, pour faire flotter haut le drapeau blanc et bleu qui rappelle le châle de prière dans lequel s’enveloppe symboliquement le Pays.
Ce sont les joyeux repas en commun, les veillées de jeux, les causeries, les danses, l’histoire d’Israël. Ce sont les chambrées avec ses quatre ou cinq lits ou chalits métalliques au petit matelas mousse qui donnent un petit air de « colonies de vacances ». Le soir, c’est le moment favorable aux échanges de valeur. On vit et apprend Israël sur place, en direct. C’est autre chose que la voix des médias.
Et puis, c’est une excursion, une visite offerte : la Mer morte (Yam haMela’h, Mer salée), le Kotel (le Mur), un spectacle au théâtre de Yaffo (Jaffa), la Colline des munitions à Jérusalem (un lieu retranché tenu par des Jordaniens gagné en juin 67 par les paras israéliens, au prix de nombreuses vies), Safed et son histoire héroïque, Zikron-Yaakov, les musées passionnants de Jabotinsky et du Palmah à Tel-Aviv.
Ce sont aussi les célébrations nationales selon l’époque : Yom Atsma’out (Jour de l’Indépendance), Jour de Jérusalem, Jour de la Shoah…
Ce sont après, des flashes qui restent, des visages éloquents : la rencontre d’une petite soldate, partant seule, tard dans la nuit, assurer la garde en haut du mirador frontalier. La veillée animée par Aaron, jeune tankiste devenu rabbin. Incrédule au départ, interpellé durant la guerre, il parvient à une foi rayonnante (il fallait voir son visage !) par le moyen de son épouse croyante. Très tard la soir, son témoignage animait la conversation de notre chambrée.
C’est aussi Yoram qui raconte que son grand-père, aimé et admiré, rescapé de ma Shoah dans laquelle il a perdu toute croyance, a demandé lors de ses 80 ans, à faire sa « bar-mitsvah » (comme Jésus à 12 ans)
C’est Robert, copain de régiment très proche, qui a terminé son « milouîm » (période pour les réservistes) dans la jubilation d’une consolation fondamentale en disant : « Je reviendrai ! ».
C’est la soirée inoubliable où il fut demandé à Freddy de raconter « sa guerre ». Il s’agit des années passées au Chambon s/Lignon, dans la Maison des Grillons nourrie et animée par ses parents et que supervisait Daniel Trocmé.
Là étaient accueillis 20 enfants juifs à aimer. A deux familles, les parents de Freddy avaient promis, en cas de grand malheur, de garder les enfants et de les élever avec les leurs. Aussi, quelle émotion pour nous de descendre au Jardin des Justes au Yad Vashem (musée de la Shoah à Jérusalem), et d’y lire leur nom gravé en lettre d’or sur le marbre du Souvenir !
Pour tout cela, ça vaut la peine de venir, qu’en pensez-vous ?...
Grand merci, Israël, pour ton accueil, ton exemple, ta terre et ton peuple et la Hatiqva (hymne national et chant d’espérance) que tu veux bien partage avec nous !
Françoise MUNCH DEBENEST
Source : Sonnez la trompette