Benjamin Zeev Herzl (Théodor), 1860-1904, fondateur de la Confédération sioniste mondiale, et son premier président de 1897 à 1904. Fondateur du sionisme politique. Sa vision de la création d’un Etat juif sioniste et ses efforts pour réaliser cette vision lui ont fait acquérir le surnom de “visionnaire politique”.
Benjamin Zeev Herzl est né dans la ville de Budapest en Hongrie. Il était l’un des deux enfants d’une famille plutôt assimilée, de la classe moyenne. Les parents de Benjamin Zeev Herzl, Jacob Herzl, commerçant et banquier prospère et Jeannette Lana Diamant conservaient dans leur maison la tradition juive et appartenaient au courant juif libéral.
En accord avec les principes de ce courant, les enfants de la famille Herzl reçurent une éducation selon les valeurs du mouvement de la Haskalah. Les parents de Benjamin Zeev soutinrent, dans leur âge mûr, l’activité publique et politique de leur fils. La famille comprenait, outre Benjamin Zeev, sa soeur Paulina, son aînée d’une année.
Benjamin Zeev Herzl fit sa scolarité d’abord dans une école juive, puis à partir de1868 au collège scientifique municipal. De là, il passa au lycée où il termina ses études secondaires en 1875.
Trois ans plus tard, sa soeur Paulina décéda, et la famille partit demeurer à Vienne. A la fin de ses six années d’études à la Faculté de droit de l’université de Vienne, Benjamin Zeev Herzl obtint le diplôme de docteur.
Durant la période de ses études, il se heurta plus d’une fois à des manifestations d’antisémitisme et, à cause d’elles, il abandonna l’association des étudiants, dont il était membre. A la fin de ses études, on lui fit comprendre que, parce qu’il était juif, il avait de faibles chances d’être nommé juge.
En 1889, Benjamin Zeev Herzl épousa Julia Naschauer, fille d’un homme riche, dont les affaires étaient ramifiées sur toute la surface de l’Europe. En peu de temps, leur vie conjugale échoua, entre autres, à cause des grosses dépenses et du temps précieux que Benjamin Zeev Herzl investissait dans l’oeuvre sioniste, sans l’accord et le soutien de son épouse. Le couple eut trois enfants : Trude, Paule et Hans.
Le problème juif
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Durant ses études à Vienne, Benjamin Zeev Herzl commença d’écrire des récits, des piécettes et des pièces de théâtre. Plusieurs d’entre elles furent représentées en Allemagne et en Autriche. Une des plus importantes de ses pièces de théâtre, écrite entre 1895 et 1898, est intitulée : “Le nouveau ghetto”. Il fut correspondant, puis rédacteur de la rubrique, feuilletons et courtes pièces, de l’important quotidien viennois Neue freie Presse. Dans les années 1891-1895, il fut correspondant du journal à Paris. Lors de son séjour là-bas, la question de la misère des Juifs d’Europe commença à le travailler et l’une des idées qu’il exprima était qu’il fallait encourager la jeune génération à devenir chrétienne et à se joindre au mouvement socialiste. Mais rapidement il abandonna cette idée, essentiellement à cause de l’antisémitisme grandissant lors de l’affaire Dreyfus, sur laquelle il fit d’amples compte-rendus dans son journal.
Suite à son analyse du “problème juif”, Benjamin Zeev Herzl en arriva à la conclusion qu’il fallait déraciner les Juifs de l’Europe, foyer où avait grandi l’antisémitisme, et les transférer sur leur propre territoire. Dans les années 1895-1896, il tenta d’influencer deux des Juifs les plus riches, les barons Maurice de Hirsch et Edmond de Rothschild, afin qu’ils soutiennent le projet qu’il proposait : la création d’un Etat Juif qui absorberait la masse des Juifs qui souffraient en Europe. Les rencontres avec les barons ne se passèrent pas bien, et Benjamin Zeev Herzl décida de se tourner vers la communauté juive afin de promouvoir ses idées à propos de la création d’un Etat des Juifs. Le 14 février 1896, il publia son ouvrage “L’Etat des Juifs, tentative de solution moderne de la question des Juifs”, en allemand “Der Judenstaat”, ouvrage court et appel à concentrer les Juifs dans un Etat indépendant leur appartenant, Israël ou l’Argentine, puisque c’était l’unique solution face à la détresse des Juifs.
Lui-même préférait Israël, et depuis 1896, il chercha à entrer en contact avec le gouvernement Ottoman, d’abord avec le grand vizir, puis avec le sultan afin de recevoir d’eux, par tout moyen quel qu’il soit (acquisition, concession, charte, etc) la domination politique sur les terres d’Israël.
Le Congrès de Bâle et le mouvement sioniste
En 1897, Benjamin Zeev Herzl organisa le premier Congrès sioniste à Bâle - premier rassemblement de Juifs dans un cadre national - et fonda le mouvement sioniste. A la fin du Congrès, il écrivit dans son journal : “S’il fallait résumer le Congrès de Bâle en une phrase, que par prudence je ne dirai pas en public, ce serait celle-ci : « A Bâle j’ai fondé l’Etat des Juifs. » Je n’ai pas dit cela aujourd’hui publiquement, tous se seraient moqués de moi. Dans cinq années, et assurément dans cinquante ans, tous seront d’accord.”
En effet environ cinquante après, presque exactement, l’Assemblée des Nations Unies accepta la résolution 181 qui appelait à la création d’un Etat Juif en Israël.
Les six années suivantes, se rassemblèrent sous la présidence de Benjamin Zeev Herzl cinq autres Congrès, malgré la violente opposition que suscitaient ses actions dans divers groupes.
Plusieurs des membres du mouvement des “Amants de Sion” ne cachèrent pas leur crainte face à ce nouveau mouvement et à celui qui se trouvait à leur tête, des Juifs assimilés émirent des réserves sur son action énergique en vue de façonner une identité juive nationale, et une partie considérable des leaders du judaïsme religieux rejeta, elle aussi, les idées de Benjamin Zeev Herzl.
Afin de réaliser son programme consistant à acquérir la terre d’Israël pour le peuple d’Israël, à l’aide de quelque contrat politique, Benjamin Zeev Herzl fit de nombreux voyages, rencontra rois, princes, ministres, et même le pape. Beaucoup de ses supporters, et parmi eux le prêtre sioniste, William Hechler, l’aidèrent à organiser ces nombreuses rencontres. Il fit usage à cet effet de la fortune que son père avait mise à sa disposition et de celle de sa femme. En 1898, Benjamin Zeev Herzl fit un voyage en Israël afin de rencontrer le souverain allemand venu en Israël pour une visite de la région. Dès qu’il devint évident à Benjamin Zeev Herzl que les Ottomans s’opposaient à l’octroi d’une charte, il tenta de trouver d’autres territoires, Chypre, le Sinaï (région de El-Arish), et finalement, par stratégie du moment, il accepta l’idée du programme de l’Ouganda. Au “Congrès Ouganda”, le sixième Congrès sioniste, en 1903, le mouvement sioniste se divisa presque, ce qui causa la dégradation de la santé de Benjamin Zeev Herzl, qui souffrait déjà de problèmes cardiaques. Il décéda l’année suivante.
Estimation et épilogue
Benjamin Zeev Herzl est le père du sionisme politique, qui était en opposition au sionisme pratique des “Amants de Sion” ; il fut d’avis qu’il fallait d’abord obtenir des droits politiques en Israël, puis seulement après commencer le processus de colonisation. Il méprisa l’approche pratique des “Amants de Sion”, et même attaqua “l’infiltration” de plusieurs milliers de Juifs en Israël (“La première Alyiah”) et la création de plusieurs villages agricoles, avec l’encouragement des “Amis de Sion” et du Baron de Rothschild.
Benjamin Zeev Herzl décrivit l’image de l’Etat juif à venir dans son ouvrage “L’Etat des Juifs”, et avec plus de détails dans son livre utopique “Altneuland” (Terre ancienne-nouvelle) de 1902, qui, dans la traduction hébraïque de Nahum Sokolov, porte le titre de “Tel-Aviv”. La devise du livre : “Si vous le voulez, ce ne sera pas une légende”, fut le slogan du sionisme. Sa vision et son personnage impressionnèrent les Juifs de son époque ; son aspect princier accrut l’admiration qui lui était rendue, et avec sa mort soudaine il passa à la légende. David Grün (qui deviendra plus tard David Ben Gourion) alors âgé de 17 ans écrivit sur lui, exprimant le sentiment de beaucoup. La vie privée de Benjamin Zeev Herzl et des membres de sa famille souffrit beaucoup de son dévouement à la cause sioniste.
Mort le 3 juillet 1904, Benjamin Zeev ne vit pas son rêve se réaliser. Sa femme, Julia, mourut trois ans après lui, dans un hôpital psychiatrique. Ses trois enfants n’eurent pas une longue vie : Trude fut emportée dans la Shoah, Paule mourut pour s’être adonnée à la drogue et Hans se suicida le jour de l’enterrement de sa soeur. Malgré la demande explicite de Benjamin Zeev Herzl dans son testament, les ossements de ses enfants ne furent pas transférés en Israël immédiatement après la création de l’Etat, essentiellement à cause de la pression exercée par les Juifs religieux.
En 2006, ses enfants furent enterrés en Israël.
L’unique petit-fils de Benjamin Zeev Herzl, le fils de sa fille Trude, Stephan-Theodor, le dernier rejeton de la famille, étudia dans un internat en Angleterre et changea son nom de famille en Neumann. Physiquement il ressemblait beaucoup à son grand-père, et alors qu’il était conseiller économique de la mission britannique à Washington, il se suicida en sautant du haut d’un pont.
En août 1949, les ossements de Benjamin Zeev Herzl furent exhumés de leur tombe située dans un cimetière de Vienne (Autriche). Ce fut le cas aussi des cercueils de ses parents et de sa soeur. Après une cérémonie à la synagogue de Vienne, le cercueil de Herzl fut transféré en Israël et il fut enterré, conformément à son testament, à Jérusalem, sur le Mont Herzl qui porte son nom.
En juin 2004, la Knesset autorisa la loi “Benjamin Zeev Herzl”, qui fait mention de sa mémoire et son oeuvre. Dans le cadre de cette loi, chaque année, le 12 du mois de Iyyar, on fera mémoire de la naissance de Benjamin Zeev Herzl, jour particulier destiné à rappeler l’action du visionnaire de l’Etat.