A 85 ans il entre fièrement dans son potager au volant de son tracteur rouge. Au pied du Mont Guilboa dans son kibboutz de Sede Eliahou, Mario Lévy, le fondateur et le "grand prêtre" de l’Association des agriculteurs Biologiques en Israël, est en pleine forme et enthousiaste pour répandre sa "Tora". Une minute après être descendu de son véhicule bruyant, revêtu des vêtements de travail et une calotte verte sur la tête, il s’assied à une table branlante sous un arbre dans le champ et déclare : "Je ne veux pas noircir d’encre un journal, je n’ai pas d’histoires à raconter. L’agriculture organique c’est quelque chose de sérieux que l’on ne peut traiter à la légère".
Lévy raconte comment il a commencé à penser à autre chose pour la terre "J’en suis arrivé là, après des années de travail. Il y a 41 ans je suis arrivé au kibboutz, 2 ans auparavant, alors que j’avais 16 ans, j’ai immigré d’Italie. Avec le temps, pas tout de suite, je me suis demandé : si l’agriculture est si bonne que ça, pourquoi à partir d’un seul arrosage insecticide sur certaines cultures, nous en sommes à 40 arrosages ? J’ai commencé à réfléchir. Comment changer la situation ? Sur le plan économique, nous réussissions dans l’agriculture et il fallait quelque chose de très important pour changer les habitudes des gens. Ce n’était pas simple. Lorsque la première fois j’ai mis ensemble les deux mots : agriculture et organique, on a pensé que j’étais fou. L’agriculture organique est essentielle pour notre existence, pour l’humanité dans son ensemble et pour le peuple d’Israël en particulier" dit-il, "pas moins que ça. Je veux que les gens comprennent que c’est très important. Il n’y a que quelques personnes qui l’ont saisi, mais la majorité du peuple, y compris les scientifiques, ne savent pas de quoi l’on parle. Nous sommes presque dans une situation catastrophique pour la santé et l’écologie. L’agriculture moderne utilise le sol comme un terrain d’engrais chimique, on a oublié que le sol est plein de vie, qu’il est un corps vivant. Il y a déjà 150 ans qu’on a commencé à utiliser les engrais chimiques synthétiques. A première vue, c’est la parfaite réussite et le monde agricole a continué à employer des quantités impressionnantes d’engrais chimiques, de désherbants et d’hormones. Cette erreur nous l’avons commise il y a longtemps et nous devons chercher une autre voie".
Une usine sous terre
Son kibboutz, Sede Eliahou, fête ses 70 ans. Il y a des années que ce kibboutz religieux, de 120 familles, lutte à contre courant et porte avec l’humilité propre à ses membres, depuis les années 80, le drapeau de la révolution organique et écologique. Les membres du kibboutz qui adhèrent à l’idée communautaire ont été très influencés par la génération des fondateurs qui a dédaigné les engrais intensifs dans les champs et qui a développé un modèle agricole basé sur la culture organique et l’utilisation d’insectes comme insecticides biologiques pour l’agriculture.
Sede Eliahou, l’un des villages "Clôture et tour" des années 40, a été créé par des immigrants d’Allemagne. Le kibboutz porte le nom du rabbin Eliahou Gutmacher, l’un des pionniers du sionisme religieux. Aujourd’hui, 170 hectares organiques comprennent des vignes, des palmiers dattiers, des grenadiers, du blé, de la luzerne, du maïs, des épices et des légumes. Les membres du kibboutz ont élargi la loi de Lévy à d’autres composants, comme la création d’une industrie "Bio-Bee" pour les insecticides biologiques.
Dans l’usine il y a trois sections : la production
d’insectes utiles à l’agriculture,
de mouches stériles pour empêcher le développement de la mouche méditerranéenne
et la guêpe Bombus pour la pollinisation.
Sarah Goldmith, directrice de Bio-Tour, la branche touristique du kibboutz, dit en riant : "C’est le mélange de population du kibboutz qui a donné ce résultat :
les "Yekes" fondateurs du village avec leur conservatisme, précision et conscience professionnelle,
les groupes de chercheurs qui se sont joints à eux, les Italiens,
les Français et les jeunes du mouvement Bnei Akiva d’Israël qui ont apporté l’élément créatif un peu moins "carré". Il y a de la personnalité chez les gens d’ici avec ce mélange humain. Quand on a réuni ces personnes autour d’une idéologie, "l’agriculture et la croyance" le résultat est étonnant, tout en étant très complexe, il est marqué par la simplicité des travailleurs de la terre".
Yaacov Nakash, fils de l’immigration française du kibboutz, est l’homme qui a réalisé le rêve de l’engrais biologique. Nakash, 70 ans, est arrivé au kibboutz en janvier 1959. "Très vite au kibboutz, je suis entré dans la folie des insectes" raconte-t-il. "Je travaillais dans l’oliveraie et au potager. Mario Lévy était alors inquiet de ce que nous utilisions trop d’engrais chimique. Je me rappelle, chaque fois que nous mettions l’engrais aux grenadiers nous écrivions sur le tableau d’annonces aux membres du kibboutz, de fermer leurs fenêtres. Lorsque nous travaillions au coton, nous passions 22 fois, c’était fou ! A partir de là, j’ai commencé à penser à l’engrais naturel qui, peut être, nous aiderait à diminuer l’engrais chimique. Un jour, alors que je travaillais dans l’oliveraie, j’ai vu comment une petite guêpe détruisait un insecte nuisible, l’ennemi principal des pommiers, des poiriers et des oliviers, qui avec sa chenille pénètre par la racine, la mange par l’intérieur et tue l’arbre".
Nakash a commencé ses expériences en attrapant quelques frelons puis les a développés dans un des abris du kibboutz, pour chercher comment les multiplier. En 1968 il a fait venir du Chili des mites rouges dévoreuses qui s’attaquent aux légumes et aux fruits, et il a continué à importer différents insectes utiles. Au début des années 80, après avoir occupé 6 abris du kibboutz avec des millions d’insectes, il a décidé de les élever dans le ventre de la terre. "J’ai pensé : pourquoi les élever dans des abris ? Allez, on va en faire un business. J’ai vu de telles réalisations chez les non Juifs en France, et j’ai pensé qu’on pouvait faire de même ici. Au début on m’a dit que j’étais coucou, que d’élever des insectes était idiot, mais avec le temps on a vu qu’il y avait là une base économique assez bonne. Nous avons demandé au docteur Akiva Pelek et au professeur Dan Gling de l’université de Tel Aviv de nous aider. La compagnie Cooper de Hollande, la plus grande compagnie mondiale d’engrais biologiques nous a pris sous sa protection et nous a aidés. Cette union avec une grande compagnie a tracé la route de notre compagnie Bio Bee".
Sept jours par semaine…
Tout en marchant sur les sentiers verts du kibboutz vers le premier abri où il avait commencé à élever sa mite parasite de l’oliveraie, Nakash révèle que, au début, la demande d’insectes était très faible. "Pour la réussite de l’entreprise, il fallait que les agriculteurs du Sharon qui cultivent les fraises, acceptent l’engrais biologique. Ce n’était pas facile" dit-il. "Il y avait un blocage. Ce qui l’a fait sauter, ce sont les abeilles Bombus. Je les ai connues lorsqu’elles sont passées du Liban en Haute Galilée en 1969. Lorsque j’ai dit : Elevons-les, on ne m’a guère écouté. Au début des années 90, lorsque Cooper et de plus grandes marques que nous ont commencé à les commercialiser pour le pollen, on a vu que l’idée était bonne".
"Avant de commercialiser les abeilles Bombus, les cultivateurs pulvérisaient les fleurs avec un appareil appelé Devoranit (abeilles)" dit Shaul Bashi, 36 ans, président de la compagnie Bio Bee et fils de Yonathan Bashi,. Le commerce de l’abeille Bombus en 1991 était la plus grande réussite économique de l’usine. Jusqu’alors on tâtonnait, on faisait des expériences : les abeilles Bombus ont ouvert le commerce à 100% et apporté une augmentation de 25% dans l’agriculture. L’abeille fertilise 7 jours par semaine, même si elle vient d’un kibboutz religieux ! Elle n’oublie aucune fleur. L’augmentation de la récolte a été plus importante que son coût, et ainsi tous les agriculteurs se sont procuré ces abeilles".
Dans la grande pièce de reproduction, l’abeille Bombus affiche fièrement ses résultats agricoles. C’est un insecte volant avec un gros corps noir, et sur sa partie inférieure, une ligne jaune et blanche. "Cette abeille est responsable de quelque chose de plus important", insiste Bashi. "Si tu répands des Bombus dans une serre de tomates ou de poivrons ou dans un champs de fraises, tu ne peux pas répandre d’engrais chimique qui la tuerait. Cela nous a aidés à convaincre les agriculteurs de se servir d’engrais biologiques que nous avons développés".
On raconte déjà depuis six ans l’histoire de cette usine qui s’est déjà beaucoup développée. Aujourd’hui le kibboutz de Sede Eliahou est fier de ses 3 hectares de serres de développement d’insectes" La majorité des agriculteurs qui travaillent avec nous ne sont pas des agriculteurs organiques, mais conventionnels, qui ont décidé de diminuer l’emploi d’engrais et de passer à l’engrais mélangé, chimique et biologique" dit Bashi. "L’engrais biologique, ces 8 dernières années, a surtout augmenté pour les fraises du Sharon et les poivrons du sud. Aujourd’hui 40% de la culture de poivrons d’hiver pour l’exportation sont traités biologiquement. Nous sommes encore une infinité par rapport à l’engrais chimique, mais chaque année nous agrandissons, et notre usine est un appoint important pour l’économie du kibboutz.
Dans l’usine il y a 150 ouvriers, dont 60 sont du kibboutz, et la moitié de la production va à l’exportation. "Nous sommes producteurs pour Cooper" dit fièrement Bashi ; "Nous avons en Israël un grand avantage par rapport à l’Europe : les longues journées ensoleillées, qui accélère le développement. Nous sommes les plus grands producteurs dans le monde de la mite Persimillis, et de la guêpe Aphidius. Il y a deux ans nous avons aussi créé une sous-société au Chili et un membre du kibboutz la dirige à Santiago. Dernièrement j’ai lu un article sur les dix kibboutz qui réussissent le mieux en Israël : Sassa, Maagan Mikaël, Hatsérim et Yavné etc…mais nous ne sommes pas sur la liste et pourtant il faut se rappeler que tout a commencé dans le kibboutz Sede Eliahou".
"Je continue la voie des anciens, qui ont eu le courage de rêver. Ils ont tenu la route même quand tout était très difficile et compliqué. Quand Mario a commencé, les gens ne l’ont pas pris au sérieux, et ont pensé que même s’il réussissait sur le plan technique, ce n’était pas rentable. Bio Bee est une compagnie qui pendant les 15 premières années n’a pas percé. C’était une mini-compagnie de recherche et de développement, avec des revenus très bas. Je pense que ce qui fait la grandeur du kibboutz Sede Eliahou, c’est la patience de ceux qui ont écouté ces gens, et la persévérance. Bio Bee est la preuve que lorsque certaines personnes font des choses folles, ont peut les transformer en affaires rentables. Le rêve d’une personne travaillant dans des abris, s’est concrétisé en une Société internationale. Grâce à eux nous cueillons aujourd’hui les fruits, c’est-à-dire des insectes !".
L’afforestation acide
Aujourd’hui dans les palmeraies de Sede Eliahou se promènent des ânes qui mangent les herbes, qu’autrefois on détruisait par la pulvérisation. L’exemple le plus frappant de la pensée verte des membres de la ferme, c’est l’idée de détruire les rongeurs avec les hiboux. "Depuis toujours l’agriculture a dû lutter contre les rongeurs qui nuisent aux céréales" dit Omer Aviel, du centre du projet hiboux, au kibboutz. Aviel est connu de son kibboutz comme ornithologue endurci, (sa femme trouve encore et encore dans son congélateur des oiseaux morts à empailler !). Il raconte aussi que des terrains massivement traités chimiquement n’ont pas résolu le problème des rongeurs. "La situation difficile et la guerre perdue face à eux, l’ont amené à réfléchir à une autre solution. A Sede Eliahou on a toujours cherché d’autres solutions".
En 1983 les membres du kibboutz ont envoyé dans les champs de luzerne 14 couples de hiboux importés du centre zoologique de l’université de Tel Aviv. "Dans les plaines du sud les cultivateurs sèment de la luzerne, qui produit plusieurs années, elle est fauchée toutes les 3 semaines et repousse" dit Aviel. "Le mulot et le campagnol sont les rongeurs qui se reproduisent le plus vite. Ils préfèrent la verdure à toute autre nourriture et aiment particulièrement la luzerne. Pour protéger les champs, les agriculteurs devaient beaucoup traiter, ce qui empoisonnait les sols et même la nourriture donnée aux bêtes. On pense que des populations de rapaces ont été ainsi décimées dans la vallée du Houlé en mangeant les rongeurs empoisonnés".
L’idée d’utiliser les hiboux contre les rats a pris forme grâce au docteur Yossi Lashem, qui dirigeait alors le centre de données sur les rapaces des "Amis de la Nature". Lashem conseilla à Aviel de faire l’expérience, et celui-ci accepta, bien qu’un an auparavant cette même expérience avait échoué au kibboutz Yad Mordehaï, les hiboux étaient morts du poison répandu contre les mulots. "On a pensé que puisqu’il y avait déjà chez nous des terrains organiques, la chance de réussite était plus grande", dit Aviel.
A Sede Eliahou la première expérience échoua également. "Après avoir libéré les hiboux de leurs caisses, ils disparurent "raconte Aviel. Après un an il fut étonné de constater que d’autres hiboux, sauvages ceux-ci, se trouvaient dans les caisses abandonnées. Malgré le retour encourageant des rapaces nocturnes, on décida de ne pas recommencer tout le processus et de se contenter de déposer 200 autres caisses dans les kibboutz environnants. En parallèle les agriculteurs et les chercheurs étudieraient l’expérience. Cela m’a pris 15 ans jusqu’à ce que je comprenne à fond le sujet et j’ai eu l’impression d’une harmonie entre la nature et l’agriculture", dit Aviel. Suite à la réussite dans la vallée, Yossi Lashem décida de foncer et de montrer les résultats obtenus à d’autres régions.
Les hiboux ont-ils réussi à dominer les rongeurs ?
"Nous avions alors de grosses pertes dans les palmeraies, le rat se logeait dans les grappes de dattes. Après quelques années d’activité des hiboux dans la palmeraie et ses environs, on a constaté une grande baisse dans les dégâts de la palmeraie et dans le verger de grenadiers. Puis nous avons appris comment travailler avec les hiboux dans des terrains non organiques. Mais le plus important selon moi, c’est que cela fait déjà 10 ans que l’on n’utilise plus les insecticides chimiques dans la vallée de Beit Shéan pour les champs de luzerne. Il faut se rappeler qu’un couple de hiboux chasse entre 1500 à 2000 rongeurs pendant la saison de couvaison".
Ne craignez vous pas que les hiboux s’attaquent aux rongeurs non nocifs ?
"Il est très clair pour nous qu’il ne faut pas attaquer l’ensemble naturel des rongeurs. Nous veillons à n’appliquer le projet qu’aux terres agricoles. Les liquides stomacaux des hiboux sont peu acides, ils ne digèrent pas les os ni les fourrures, mais les rejettent en petits rouleaux dont l’examen nous montre que 90% de l’alimentation des hiboux est constituée de rongeurs nocifs".
Les hiboux sont-ils devenus partie de l’identité de votre kibboutz ?
"Chez nous un enfant prononce le mot hibou après Maman et Papa. C’est son 3ème mot ! Mes petits enfants viennent avec moi au moment de la couvaison comme quelque chose d’évident. Avec le temps je me suis attaché à ces oiseaux. Il y en a un qui a logé 11 ans chez nous".
Le docteur Lashem a décidé que si le projet réussissait dans la vallée de Beit Shéan, il faudrait l’étendre à tout le pays et s’associer au ministère de l’Agriculture, de l’Environnement et aux Amis de la Nature. "Actuellement il y a 1700 caisses dans le pays", dit Aviel. "Dernièrement des faucons sont également entrés dans l’histoire. Des faucons qui couvent près du kibboutz complètent le travail des hiboux. Ils chassent durant le jour et les hiboux la nuit. Aujourd’hui, à certains endroits, des caisses sont éparpillées pour les chauves souris mangeuses de mites dont les larves nuisent aux dattes et aux blés. Dans le kibboutz on en a installé quelques unes pour qu’elles mangent les moustiques. C’est vraiment la fête !".
Veillons à la santé
"Ce n’est pas une révolution d’aujourd’hui" dit Levy avec son éternel sourire, lui qui se souvient comment, au début des années 80, il avait demandé au kibboutz de lui laisser 20 hectares pour faire l’expérience de culture de légumes biologiques. "Les instructeurs agricoles du ministère de l’Agriculture qui nous accompagnaient étaient effrayés quand ils voyaient que je ne mettais pas d’insecticide. Ils ont crié sur moi et m’ont dit que tous les produits seraient perdus à cause de mes bêtises. Cette idée était alors impensable. J’ai dit ok, mais malgré tout j’ai continué. D’abord parce que je suis allé étudier l’agriculture organique en Suisse, je savais qu’il ne s’agissait pas d’une utopie, que c’était une avancée, même sur le plan économique". Après 3 ans de travail, Lévy a réussi à montrer des résultats. "Malgré les problèmes, comme celui des mauvaises herbes, le projet a réussi, et déjà ces années là nous avons commencé à exporter nos légumes en Suisse, Allemagne, Hollande et Grande Bretagne. Les gens du kibboutz se sont pris au jeu, ainsi nous avons pu avancer. Seul on ne peut rien. Ici il y avait une ouverture. Il se peut que je l’ai encouragée, mais il y avait beaucoup de gens qui ont soutenu le projet, et tout doucement nous avons développé une ferme organique".
La bonne nouvelle de Sede Eliahou s’est vite répandue hors du kibboutz, surtout grâce à Lévy qui, à 82 ans, a créé la 1ère association des Agriculteurs Organiques en Israël.
"A cette époque j’ai voyagé 4 à 5 jours par semaine, de Dan à Eilat, dans chaque ferme, dans chaque village ; ici une conférence, là une explication dans un champ, un kibboutz, en écrivant des articles. Je me suis assis avec des gens, j’ai réfléchi aux profits, j’ai été en rapport avec les acheteurs de l’étranger. Tout ceci pour développer et fonder l’agriculture organique en Israël".
Les résultats ont été reconnus par les autorités : "Quand ils ont vu que nous réussissions, ils m’ont appelé pour que j’enseigne aux autres agriculteurs" raconte Lévy. Il a répondu positivement, bien que cela développe des concurrents à son kibboutz. "Notre projet n’était pas de nous remplir le ventre de dollars, mais de fonder une autre agriculture" explique Lévy. "J’ai vu en cela quelque chose d’humain, de sain, que nous devions faire comme humain pour les humains et non comme hommes d’affaires". Lévy voit un lien très fort entre l’approche écologique du kibboutz et la foi religieuse de ses membres, sionistes religieux. Pour lui, l’agriculture biologique-organique est partie intégrale de sa vision qui voit la Création comme une unité. Chaque attaque importante contre la Nature heurte tout l’ensemble.
L’état de l’agriculture organique en Israël te satisfait ?
"Nous n’en sommes qu’au début. Aujourd’hui seulement 2% des terrains agricoles travaillent à la purification par l’agriculture organique. Il est difficile de persuader les gens d’aller dans ce sens, car ils ne voient que les problèmes qui sont sous leur nez. On ne va pas chercher les vraies solutions. L’erreur de la plupart d’entre nous, c’est de voir seulement l’utilisation des insecticides chimiques en agriculture comme la pire des choses, mais il faut voir qu’il y a des dommages qui avec le temps changent l’équilibre des plantes. La destruction des herbes de toutes sortes et les différentes hormones ont une influence néfaste, peut être encore plus grande que l’engrais chimique, et elles influent sur le sol, sur les plantes, sur les animaux et sur l’homme. Les hommes souffrent de tout ce qu’ils mangent".
"Ecoutez donc, écoutez moi, et mangez ce qui est bon ; que vous trouviez votre jouissance dans des mets savoureux." Isaïe 55,2.