Dans le bulletin météo d’Euro-News, Israël s’appelle " l’est du bassin méditerranéen ". Quand la caméra, se déplaçant d’ouest en est, montre la carte des pays riverains de la Méditerranée, chacun d’entre eux est appelé par son nom : Italie, Grèce, etc. Quand on arrive au sud de la Turquie, la toponymie se perd dans le brouillard, même par temps clair, pour en ressortir quand la caméra repart vers l’ouest.
Lorsque les bulletins d’information exigent une plus grande précision, on a souvent recours à la formule " l’État hébreu ", qui permet de ne pas nommer l’innommable. On a quand même pu entendre récemment l’adjectif " israélien ", après l’attentat du 22 février, lorsqu’on nous a informés que la bombe humaine avait fait " huit morts dans le camp israélien. " Le chauffeur qui avait pris son service ce matin-là, les pères et mères de famille qui partaient au travail, les jeunes qui allaient étudier, et qui allaient finir la journée au cimetière ou à l’hôpital, étaient les représentants d’un " camp " opposé à un camp adverse.
Il se trouve que le bus n° 14, dans lequel la bombe a explosé, est le seul qu’il m’arrive parfois d’emprunter, alors que je me déplace en général à pied ou en voiture. Si je m’y étais trouvé à ce moment-là (ce qui était quand même statistiquement improbable), je serais devenu un point, marqué par un camp et perdu par l’autre.