L’espion israélien Mordechaï Vanunu, qui avait révélé au monde les secrets nucléaires de l’État d’Israël, a été libéré hier (21 avril) de la prison d’Ashkelon où il était détenu depuis 17 ans et demi. La presse du monde entier était là pour couvrir l’événement. Vanunu improvisant une conférence de presse a réussi, en quelques mots, à soulever l’indignation de beaucoup d’Israéliens : « J’ai souffert parce que je suis chrétien, si j’étais juif, je n’aurai pas souffert autant ».
Vanunu s’est converti au christianisme en entrant dans l’Église anglicane. Le prêtre australien qui l’a baptisé était venu accueillir son fidèle à la porte de la prison. Le Révérend David Smith ne fut pas seulement le conseiller spirituel de Vanunu mais également celui qui l’invita à révéler les secrets atomiques à la presse : « Je l’ai encouragé à faire cela, j’ai réussit à le persuader qu’il était l’envoyé de Dieu pour la paix dans le monde. » a-t-il déclaré au quotidien israélien Yediyot Aharonot. A la porte de la prison, le Révérend Smith était accompagné de l’archevêque anglican de Jérusalem, Mgr Abou El Assal qui, la veille, l’avait comparé à Dietrich Bonhoeffer, le célèbre résistant au nazisme ! Le premier acte du « chrétien martyr » des Israéliens fut d’aller rendre grâce à Dieu pour sa libération à la cathédrale Saint George en présence d’évêques et de prêtres venus d’Angleterre, des États-Unis et d’Australie ainsi que des membres du clergé local. Le service religieux dura une heure et la presse ne fut pas autorisé à le couvrir. Les déclarations de responsables chrétiens ainsi que les pompes liturgiques déployées en son honneur font de lui un chrétien modèle à imiter, un mélange de Padre Pio et Martin Luther King. Un ami israélien voyant Vanunu accueilli les bras grands ouverts par un prélat, vêtu de violet des pieds à la tête s’exclama : « les chrétiens soutiennent ce qui veulent anéantir l’Etat d’Israël. » Le raccourci était saisissant !
Pour être un bon chrétien, faut-il donc trahir son pays, prôner la désobéissance civique et appeler de ses vœux la destruction de sa patrie ? Bien sûr que non... sauf quant il s’agit de l’État d’Israël : un état qui oppresse, qui occupe et qui, de plus, persécute les bons chrétiens. La mascarade est tout simplement scandaleuse. L’utilisation du mot de chrétien à des fins politiques est déjà condamnable mais que doit-on dire quand il vient couvrir un sentiment de haine pour un pays ?
L’Église anglicane ne représente que 3.000 à 4.000 personnes aussi bien en Israël que dans les Territoires. Comme en Angleterre il y a deux Eglises : Celle d’en haut et celle d’en bas. Ici, elle est divisée en deux courants marqués sur le plan politique : l’un, fortement pro-palestinien, l’autre composé essentiellement d’étrangers, plus tournés vers Israël. Les deux assemblées se réunissent dans deux lieux de culte distincts à Jérusalem.
Une partie importante de la hiérarchie anglicane est connue pour ses positions politiques très marquées mais aussi pour des positions théologiques audacieuses et risquées : le peuple palestinien est le nouveau peuple élu à la place du peuple juif. Ce dernier remplace le premier qui n’a pas été fidèle. Une nouvelle théologie de la substitution s’est mise peu à peu en place doublée d’une théologie de la libération palestinienne. On peut se poser la question si l’affaire Vanunu ne s’inscrit pas en droite ligne de cette pensée.
Vanunu a été ‘adopté’ par une famille chrétienne américaine après son baptême. Ses parents qui habitent Bné Brak près de Tel Aviv l’ont rejeté parce que converti au christianisme. Cette attitude est assez fréquente dans certains milieux juifs, surtout religieux. Tenant compte de cette situation, les services de la prison où Vanunu était détenu n’ont pas empêché la visite de ses nouveaux parents ni celle d’un prêtre.
S’il faut reconnaître que, parfois, l’État d’Israël commet des erreurs par rapports aux chrétiens, clercs ou laïcs, et que l’approche de certains fonctionnaires israéliens serait à critiquer, il est odieux de laisser sous-entendre qu’Israël persécuterait ces derniers. Cette affirmation mensongère plonge ses racines dans des vieux mythes antisémites dont la réapparition devrait nous inquiéter.
Non, Vananu n’a pas été maltraité parce qu’il est chrétien mais bien parce qu’il a trahi son pays.
Jean-Marie Allafort
Chrétiens et chrétiens : ne pas confondre
En voyant les dignitaires de l’Église anglicane de Jérusalem accueillir Vanunu comme « l’envoyé de Dieu », plus d’un télespectateur israélien a pensé spontanément que « l’Église » bénissait les ennemis d’Israël. À vrai dire, on n’a pas trop de peine à les comprendre, et à comprendre qu’ils n’y comprennent rien. Même parmi les bons catholiques, combien seraient capables d’expliquer la différence entre un orthodoxe et un préchalcédonien, ou un nestorien et un monophysite ? Quant à distinguer entre « High Church » et « Low Church » à l’intérieur de la même branche palestinienne d’une Église anglicane, la perception de la nuance exige une érudition qui fait assurément défaut à l’immense majorité du public. Quoi de surprenant, par conséquent, à ce que l’Israélien moyen mette « dans le même sac » baptistes, anglicans, maronites et la quarantaine d’autres dénominations chrétiennes officiellement recensées en Israël, et qu’il identifie à « l’Église », sans autre précision, la soutane violette qui flottait au vent de ce 22 avril 2004 devant la cathédrale de Saint George ?
Sans entrer dans des précisions dont l’exposé prendrait plusieurs volumes, on peut au moins rappeler une chose : l’Église catholique, qui représente la plus importante numériquement des confessions chrétiennes (environ 700 000 millions de fidèles) est placée sous la juridiction de l’évêque de Rome, communément désigné par le terme de « pape » ; que le pape actuellement régnant, Jean-Paul II, a inauguré son pontificat en déclarant solennellement que l’alliance avec le peuple d’Israël n’avait jamais été révoquée ; qu’il a reconnu en 1993 l’État d’Israël ; qu’à l’occasion de son voyage en Israël en mars 2000, il s’est rendu à Yad-vashem, puis au mur occidental ; qu’il a déposé entre les pierres du mur le texte d’une prière dans laquelle il demande pardon au « Dieu de nos pères » pour les fautes commises envers les Juifs.
Ce faisant, il se situait dans la ligne du deuxième concile du Vatican, convoqué par son prédecesseur Jean XXIII, qui avait déclaré, entre autres choses, que l’Église ne pouvait se comprendre elle-même sans une référence permanente à la « lignée d’Abraham ».
Beaucoup de catholiques, on s’en doute, n’ont pas lu les actes du dernier concile ni les déclarations et discours de Jean-Paul II, et il n’en manque pas, parmi eux, qui se font un devoir de soutenir la cause palestinienne sans nourrir en même temps d’affection particulière pour Israël et les Juifs. Mais l’engagement de l’Église catholique en tant que telle dans un processus de réconciliation avec le peuple juif est profond et irréversible.
Michel Remaud