« Ville trois fois sainte », « ville sainte des trois grandes religions », « ville des trois monothéismes »... Autant de formules répétées mécaniquement, mais qui ne résistent pas longtemps à l’examen dès qu’on entreprend d’en vérifier le contenu.
Pour les juifs, Jérusalem est le lieu que Dieu a choisi pour y faire résider son Nom (Dt 12,11 ; 1R 8,16 ; 14,21 etc.). Dans la prière liturgique juive, Jérusalem est d’abord le mont du temple et, par extension, la ville elle-même, dont les limites n’ont cessé de se déplacer depuis David.
Pour les chrétiens, Jérusalem est, en outre, le lieu où le juif Jésus est monté en pèlerinage, a prié, enseigné, avant d’y célébrer sa dernière pâque, d’être crucifié à proximité de ses remparts et, selon la foi chrétienne, de ressusciter. C’est le lieu de naissance de la communauté chrétienne, d’où s’est diffusé l’Évangile.
Pour les musulmans, ce que les juifs et les chrétiens reconnaissent comme le mont du temple est le lieu d’où Mahomet est monté au ciel. Que la tradition musulmane fasse mémoire de cet événement à cet endroit précis n’est évidemment pas une pure coïncidence, mais il faut souligner que, pour l’islam, la sainteté de Jérusalem ne s’inscrit pas dans la continuité des traditions religieuses du judaïsme et du christianisme : au contraire, elle s’y substitue, se considérant comme la seule authentique. La position officielle de l’autorité palestinienne est qu’il n’y a jamais eu de temple juif à Jérusalem. Yasser Arafat précise même que le temple de Salomon se trouvait au Yémen-sud.
Entre juifs et musulmans, il y a au moins un point commun : pour les uns et les autres, le lieu saint par excellence est celui que les uns appellent le mont du temple et les autres l’esplanade des mosquées. Quant à la tradition chrétienne, elle vénère en priorité, non le mont du temple, avec lequel elle entretient depuis la fin du premier siècle une relation ambiguë, mais le lieu de la crucifixion et le tombeau de Jésus, qui se situent hors des limites de la ville telles qu’elles existaient au début de notre ère ; ce que souligne l’Épître aux Hébreux en commentant la formule « hors du camp » (He 13,11-13).
Sur le site du temple, seuls les musulmans se reconnaissent le droit de prier. Les juifs religieux s’abstiennent d’ailleurs d’y accéder. Ils peuvent s’en approcher en venant prier au pied du mur occidental du temple. Quant aux chrétiens, ils ne peuvent prier publiquement, ni devant le mur, ni, à plus forte raison, sur l’esplanade.
« Ville trois fois sainte », « ville sainte des trois monothéismes » : formules commodes et en partie vraies, au moins du point de vue de la sociologie religieuse et des agences de voyages ; mais très approximatives théologiquement, puisqu’elles entretiennent l’idée d’un pôle de convergence et d’unité, ce que Jérusalem est bien loin d’être, sinon sur un horizon eschatologique.