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« Ville trois fois sainte »

mercredi 3 novembre 2004, par Michel Remaud


« Ville trois fois sainte », « ville sainte des trois grandes religions », « ville des trois monothéismes »... Autant de formules répétées mécaniquement, mais qui ne résistent pas longtemps à l’examen dès qu’on entreprend d’en vérifier le contenu.

Pour les juifs, Jérusalem est le lieu que Dieu a choisi pour y faire résider son Nom (Dt 12,11 ; 1R 8,16 ; 14,21 etc.). Dans la prière liturgique juive, Jérusalem est d’abord le mont du temple et, par extension, la ville elle-même, dont les limites n’ont cessé de se déplacer depuis David.

Pour les chrétiens, Jérusalem est, en outre, le lieu où le juif Jésus est monté en pèlerinage, a prié, enseigné, avant d’y célébrer sa dernière pâque, d’être crucifié à proximité de ses remparts et, selon la foi chrétienne, de ressusciter. C’est le lieu de naissance de la communauté chrétienne, d’où s’est diffusé l’Évangile.

Pour les musulmans, ce que les juifs et les chrétiens reconnaissent comme le mont du temple est le lieu d’où Mahomet est monté au ciel. Que la tradition musulmane fasse mémoire de cet événement à cet endroit précis n’est évidemment pas une pure coïncidence, mais il faut souligner que, pour l’islam, la sainteté de Jérusalem ne s’inscrit pas dans la continuité des traditions religieuses du judaïsme et du christianisme : au contraire, elle s’y substitue, se considérant comme la seule authentique. La position officielle de l’autorité palestinienne est qu’il n’y a jamais eu de temple juif à Jérusalem. Yasser Arafat précise même que le temple de Salomon se trouvait au Yémen-sud.

Entre juifs et musulmans, il y a au moins un point commun : pour les uns et les autres, le lieu saint par excellence est celui que les uns appellent le mont du temple et les autres l’esplanade des mosquées. Quant à la tradition chrétienne, elle vénère en priorité, non le mont du temple, avec lequel elle entretient depuis la fin du premier siècle une relation ambiguë, mais le lieu de la crucifixion et le tombeau de Jésus, qui se situent hors des limites de la ville telles qu’elles existaient au début de notre ère ; ce que souligne l’Épître aux Hébreux en commentant la formule « hors du camp » (He 13,11-13).

Sur le site du temple, seuls les musulmans se reconnaissent le droit de prier. Les juifs religieux s’abstiennent d’ailleurs d’y accéder. Ils peuvent s’en approcher en venant prier au pied du mur occidental du temple. Quant aux chrétiens, ils ne peuvent prier publiquement, ni devant le mur, ni, à plus forte raison, sur l’esplanade.

« Ville trois fois sainte », « ville sainte des trois monothéismes » : formules commodes et en partie vraies, au moins du point de vue de la sociologie religieuse et des agences de voyages ; mais très approximatives théologiquement, puisqu’elles entretiennent l’idée d’un pôle de convergence et d’unité, ce que Jérusalem est bien loin d’être, sinon sur un horizon eschatologique.

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1 Message

  • > « Ville trois fois sainte » 5 janvier 2005 15:32, par Pierre René Mélon

    D’abord merci à Michel Remaud pour la qualité de ses analyses. Son nom m’est familier depuis la lecture de son ouvrage "Evangile et tradition rabbinique" (éditions Lessius) qui m’a ouvert les yeux sur l’importance d’une relecture des textes du Nouveau Testament à la lumière de la tradition juive qui en est le creuset qui en donne déjà une interprétation particulièrement enrichissante. Le passage au grec et au latin ne s’est pas fait sans causer de dommage à l’esprit des textes primitifs...

    Pour en revenir au thème de cet article, je propose un texte court (avec lien) qui met en doute la cause même du caractère sacré de Jérusalem pour les musulmans. En réalité, Mahomet ne serait venu à Jérusalem qu’en rêve, comme beaucoup... de juifs et de chrétiens.


    Le "Voyage nocturne" du prophète Mahomet n’a pas eu lieu à Jérusalem mais à Médine. _ 
    par Ahmed Mohammed Arafa, chroniqueur de l’hebdomadaire égyptien Al-Qahira, publié par le ministère égyptien de la culture
    Traduit et publié par Memri - Septembre 5, 2003- No.564 _ 
    Ahmed Mohammed Arafa écrit un article rejetant la croyance islamique communément admise selon laquelle le ’Voyage nocturne’ du prophète Mahomet (Coran 17 : 1) aurait conduit ce dernier de la Mecque à Jérusalem. Arafa, présentant un nouveau commentaire du texte coranique, affirme que le Voyage nocturne de la surate Al-Isra [’surate du Voyage nocturne’] ne se réfère pas au voyage miraculeux de la Mecque à Jérusalem, mais à l’émigration du Prophète [Hégire] de la Mecque à Médine.
    Il convient de noter que la croyance selon laquelle le Voyage nocturne de Mahomet [le Coran 17 : 1] était un voyage miraculeux à Jérusalem est l’un des principaux fondements de la sainteté de Jérusalem dans l’islam. De nombreuses traditions islamiques s’y réfèrent, traditions que l’auteur rejette de façon explicite ou implicite. Le fait que cet article ait été publié dans un journal gouvernemental ajoute à sa signification politique. Voici une traduction de l’article, intitulé : ’Le Voyage nocturne du prophète Mahomet a-t-il eu lieu en Palestine ou à Médine ?’, publié le 5 août 2003 (suite sur www.nuitdorient.com ) _ 

    Voir en ligne : http://www.nuitdorient.com

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