Dans le journal Le Monde du 28 septembre 2004, à propos de l’anniversaire du déclenchement de la seconde Intifada, on lit cette formule : « l’esplanade des Mosquées - le mont du Temple pour les juifs - ».
Comment comprendre ce « pour les Juifs » ? Faut-il entendre que ce lieu serait objectivement l’esplanade des mosquées, mais que les juifs, au nom de quelque tradition plus ou moins légendaire, y verraient le lieu ou se serait jadis élevé un temple israélite ? C’est là la position officielle islamo-palestinienne. Ou doit-on comprendre qu’il y aurait bien eu un temple à cet endroit, mais que cette locatisation n’aurait d’importance que pour les juifs ? Dans cette seconde hypothèse, on oublie (on ne saurait penser à tout) tous ceux qui ne sont ni juifs, ni musulmans. Pour les quelques centaines de millions d’entre eux qui sont chrétiens, la Bible juive, dans son intégralité, appartient à leur tradition religieuse. Pour un chrétien comme pour un juif, ce lieu est le site du temple de Salomon. Et même pour ceux des chrétiens dont la culture biblique est faible, il s’agit bien du temple où Jésus a été présenté, a interrogé les docteurs, a enseigné, d’où il a chassé les vendeurs... Autant de souvenirs évangéliques évoqués sur le site par les pèlerins, quand ils y ont accès. Il leur arrive même d’y prier - à condition que les gardiens musulmans aient le dos tourné et qu’on ne les voie pas sortir de leur poche leur Bible ou leur Nouveau Testament.
Il y a deux ans, un auteur catholique a écrit que « parler à l’heure actuelle de l’esplanade du temple plutôt que de l’esplanade de la mosquée, c’est bien plus que rappeler le lieu biblique central du judaïsme, cela signifie tenter d’ignorer la réalité d’une histoire séculaire en Palestine. »
C’est aussi refuser d’arracher quelques pages d’Évangile.